RACINE INFO: Etzer Emile ! Attention à la pente glissante du mépris des symboles !

Par: Gotchen Bernard
Il est des mots qui, prononcés avec désinvolture, finissent par blesser la mémoire collective. Ces derniers jours, les déclarations d’Etzer Émile à propos des Héros de notre Indépendance ont suscité une indignation légitime. Celui qui s’est présenté pendant des années comme un « économiste » a franchi une ligne rouge : celle du respect dû à nos martyrs.
Il faut le dire sans détour : ce titre d’« économiste », que certains médias vous attribuent avec complaisance, relève davantage d’une construction médiatique que d’un mérite académique ou d’une réussite scientifique. Ne pas être économiste n’est pas un défaut en soi. Le défaut, c’est de s’arroger une autorité morale pour juger de ce qui constitue la nation haïtienne, sans la moindre humilité devant l’histoire.
Car nos symboles ne sont pas de simples objets de rhétorique : ils constituent le pays. Vertières, Dessalines, Pétion, Capois, Sanité Bélair… ces noms ne sont pas du folklore, mais un patrimoine commun à respecter et à protéger. Ils sont les repères d’un peuple qui, malgré ses blessures, continue de puiser dans ses actions l’énergie de survivre. Les railler, ou réduire leur épopée à des « illusions d’un passé révolu », c’est méconnaître la dimension spirituelle et mystique de l’État-nation haïtien.
Monsieur Émile, il ne s’agit pas ici de censurer vos opinions. Mais vous devez comprendre que certains mots, prononcés sur un ton professoral, peuvent saper la fragile fierté d’un peuple déjà en quête d’espoir.
L’arrogance intellectuelle, s’il en est, est une manière subtile de marquer notre passé et de faire le jeu de tous ceux qui souhaitent effacer Haïti de l’histoire et de la géographie du monde. Elle conduit souvent ceux qui s’y adonnent à l’isolement, voire au mépris qu’ils croyaient inspirer.
Le patriotisme n’est pas un slogan poussiéreux ; c’est un devoir de gratitude. Nos héros nous ont donné une patrie ; il nous appartient de perpétuer son héritage avec respect et dignité.
Gotchen Bernard

