RACINE INFO: Éditorial/ Haïti : l’échec d’une transition confisquée

Le Conseil présidentiel de transition, censé rétablir un minimum d’ordre institutionnel, s’enlise dans les mêmes pratiques qui ont conduit à la faillite de l’État. Entre luttes de pouvoir, corruption et promesses creuses, la transition semble avoir été dévoyée de son sens. Le peuple, lui, continue de payer le prix fort.
Haïti s’enfonce, une fois de plus, dans une crise sans issue. Tandis que la population tente de survivre dans la misère et la peur, ceux qui détiennent le pouvoir se perdent dans les intrigues et les calculs politiques.
Le Conseil présidentiel de transition (CPT), conçu comme un instrument de stabilité et de reconstruction, s’est mué en un symbole d’échec collectif. Au lieu d’incarner la rupture avec le passé, il perpétue les mêmes logiques : clientélisme, rivalités internes, opacité.
Les institutions de l’État ne fonctionnent plus que par inertie. Les écoles ferment, les hôpitaux manquent de tout, l’insécurité règne sans partage. Et face à cette descente aux enfers, les élites politiques semblent davantage préoccupées par la répartition des postes que par le sort de la nation.
Haïti ne manque pourtant pas de forces vives. Elle regorge de talents, de jeunes engagés, d’esprits lucides. Mais tant que le pouvoir sera considéré comme un butin à distribuer entre clans rivaux plutôt que comme une mission de service public, aucune réforme ne pourra tenir.
La transition n’est pas un slogan : c’est une responsabilité. Et aujourd’hui, cette responsabilité a été trahie.
Alors, une question s’impose : Combien de temps encore le peuple haïtien devra-t-il supporter cette confiscation de son avenir ? Qui, parmi ceux qui prétendent gouverner, osera enfin rompre avec la logique de prédation ? Et surtout — combien de crises faudra-t-il encore avant que la nation retrouve confiance en elle-même ?
Berrick ESTIDORE/Directeur Général RACINE INFO/ Journaliste engagé

